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Rafah, la ville à moitié en Égypte, à moitié en Palestine

Rafah, la ville à moitié en Égypte, à moitié en Palestine

Mercredi 7 février, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné une offensive sur Rafah au sud de Gaza. Là-bas, plus d'un million de déplacés par la guerre vivent désormais dans des abris de fortune. Et ce alors que la frontière entre la bande de Gaza et l'Égypte reste fermée. L'unique point d'entrée ou de sortie du territoire par le sud, c'est Rafah. Tentative de définition.

Par Romane Laignel Sauvage - Publié le 18.10.2023 - Mis à jour le 08.02.2024
 

« C'est la première fois que les Palestiniens contrôlent une de leurs frontières. » Le 25 novembre 2005, après des semaines de fermeture consécutifs au retrait israélien de la bande de Gaza, le poste-frontière de la ville de Rafah, à la frontière avec l'Égypte, rouvrait. À la télévision, on parlait d'une véritable « bouffée d'oxygène pour les Palestiniens de la bande de Gaza. » Dans l'archive en tête d'article, la présentatrice du 20h de France 2, Béatrice Schönberg décrivait même un « unique passage vers le monde extérieur, vécu comme une porte vers la liberté. »

À l'image, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, surnommé Abou Mazem, était « le premier à présenter son passeport à un douanier palestinien. » Un moment historique pour ce poste-frontière entre la bande de Gaza et l'Égypte, contrôlé par Israël depuis 1982. Un journaliste français envoyé sur place racontait : « C'est sous cette frontière que les Palestiniens creusaient des tunnels pour passer des armes, des hommes. C'est ce poste frontière que les Israéliens fermaient parfois des semaines à la moindre tension, bloquant 1,3 million d'habitants dans le territoire. »

La nouvelle frontière à Rafah
1982 - 03:17 - vidéo

« La porte de chez toi, elle est en Égypte ou en Palestine ? » Retour sur le jour où la frontière entre la bande de Gaza et l'Égypte a été tracée sur Rafah.

L'ouverture du passage avait été négocié dans des accords signés le 15 novembre 2005, sous l'égide des États-Unis. Le point de passage devait initialement être contrôlé par l'Autorité palestinienne, comme en témoignait la cérémonie à laquelle se prêtait dans l'archive en tête d'article Mahmoud Abbas, avec un soutien européen. Il devait également permettre la libre circulation des personnes et des marchandises vers l'Égypte. Dans le sens inverse, les importations devaient passer par Israël. C'est-à-dire, au plus proche, via le poste-frontière de Kerem Shalom.

Une liberté très surveillée

Dans notre archive de novembre 2005, le correspondant français sur place précisait : « Les Israéliens garderont un œil sur le terminal. Ils recevront les images d'une soixantaine de caméra et pourront émettre un avis sur un passager. Mais le dernier mot reviendra aux Palestiniens. Une liberté très surveillée donc. Mais une liberté quand même. »

Sur place, des Gazaouies disaient leur espoir. « J'espère que nous n'aurons plus tous les problèmes que nous avions avant. Nous pensions à ces tracasseries tout le temps. On ne pouvait pas voyager », « Maintenant, ce sera plus facile, car nous sommes tous des Palestiniens. »

Et pourtant. En 2006, le Hamas, parti islamiste palestinien proche des Frères musulmans, remportait les élections législatives. L'année suivante, après une guerre fratricide entre le Hamas et le Fatah, parti de Mahmoud Abbas, le groupe islamiste prenait le contrôle de la bande de Gaza. L'ouverture du poste-frontière de Rafah fut, en conséquence, mis sur pause. Les Européens qui y supervisaient les opérations durent suspendre leur activité, l'Autorité palestinienne et son président ne pouvant garantir leur sécurité.

Dans le même temps, Israël imposait un blocus à la bande de Gaza. Un blocus dont la mise en œuvre fut facilitée par des relations normalisées avec l'Égypte depuis les accords de Camp David en 1978.

Rafah, symptôme d'une situation géopolitique complexe

À partir de là, le poste-frontière de Rafah se fit symptôme de la situation géopolitique au Proche-Orient. À chaque remous du conflit israélo-palestinien, le poste-frontière fermait ses portes. En 2013, le renversement des Frères musulmans en Égypte, dont le Hamas est une émanation, par des militaires leur étant fortement hostiles, renforça les restrictions de passage à Rafah. Jusqu'en 2018, le terminal ne fut pas ouvert plus de quelques semaines consécutives.

Les nombreux tunnels de la zone, essentiels à la survie des Gazaouis du fait du blocus israélien, furent inondés à plusieurs reprises par l'Égypte, sur demande de l'État hébreu. L'arrivée de jihadistes dans le Sinaï autour de 2014 renforça également la nécessité de contrôle à Rafah.

Ce sont ces mêmes éléments qui font qu'aujourd'hui, l'Égypte ne veut et ne peut pas prendre seule la responsabilité d'ouvrir un couloir humanitaire au poste-frontière de Rafah.

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